Vous avez peut-être vu passer l’info : le gouvernement britannique conseille de supprimer ses emails et photos pour économiser l’eau. Oui, vraiment. Vider sa boîte mail pour éviter la sécheresse… On se demande si c’est du sérieux.
Cette recommandation révèle surtout une énorme incompréhension de ce qui se passe réellement dans les datacenters. Spoiler alert : vos emails et vos photos, une fois stockés, consomment presque rien.
Le vrai problème ? La confusion entre l’eau réellement consommée et l’eau qui est juste chauffée puis rejetée. Par exemple, Microsoft aux Pays-Bas a utilisé 84 millions de litres d’eau en 2021. Impressionnant ? Oui… mais ce chiffre ne reflète pas toute la réalité.
Dans un système classique de refroidissement par évaporation, l’eau s’évapore réellement. Mais avec le refroidissement adiabatique, utilisé par Microsoft, seule une petite partie s’évapore : le reste traverse le système, se réchauffe de quelques degrés, puis retourne dans l’environnement. Elle n’est donc pas “consommée” au sens strict.
Le gaspillage arrive surtout avec le traitement de l’eau : pour éviter calcaire et bactéries, les datacenters utilisent l’osmose inverse. Résultat : pour 1 litre d’eau purifiée, 2 à 3 litres partent dans les égouts avec des impuretés… sans parler des produits chimiques nécessaires.
L’IA complexifie encore la donne. Une session ChatGPT consomme l’équivalent d’une bouteille de 500 ml dans un datacenter, et une image générée peut représenter jusqu’à 5 litres. C’est moins qu’une chasse d’eau, mais multiplié par des millions d’utilisateurs, ça devient énorme. Certains acteurs, comme Mistral AI, optimisent mieux leur efficacité, mais l’IA reste gourmande.
Tout dépend en réalité des technologies de refroidissement :
- Immersion cooling : les serveurs plongent dans un bain d’huile, quasiment pas de gaspillage.
- Refroidissement liquide direct : l’eau arrive au plus près des processeurs, très efficace.
- Free cooling : utilisation de l’air extérieur froid, donc zéro eau.
- Recyclage et valorisation : certaines entreprises utilisent l’eau de mer, des eaux usées ou récupèrent la chaleur pour chauffer des bâtiments.
Exemples concrets :
- Google : free cooling, eau de mer en Finlande, recyclage d’eaux usées et valorisation de chaleur.
- OVH : refroidissement liquide direct en boucle fermée + récupération de chaleur.
- AWS : encore assez classique, mais vise le “water positive” d’ici 2030 via des projets de reconstitution des nappes phréatiques.



